Dans les banlieues verdoyantes du sud-est de Melbourne, où de larges rues et des jardins bien établis encadrent une lignée de demeures du début du XXe siècle, une imposante résidence fédérationnelle de 1912 a trouvé une seconde vie. Conçue par l’architecte Augustus Fritsch — réputé pour ses églises catholiques historiques disséminées à travers la ville —, la maison porte l’ensemble des marques de son époque: des hauteurs sous plafond vertigineuses, des corniches en plâtre finement travaillées, des vitraux, des chambranes ornés, et des pièces généreuses tant par leurs proportions que par leur présence.

Mais, même si la structure était majestueuse, la question qui préoccupait l’architecte d’intérieur Swee Lim de Swee Design n’était pas nouvelle dans le métier: comment rendre hommage à l’histoire sans s’y soumettre entièrement? La réponse, dans ce cas, n’était pas la retenue mais la joie.

La demeure se déploie sur trois niveaux, séparés entre deux expressions architecturales: la façade héritage d’origine et les pièces formelles à l’avant, et une extension contemporaine à l’arrière qui s’ouvre sur une cuisine et un espace de vie baignés de lumière, reliés au jardin. Un niveau de sous-sol — équipé d’une salle de jeux, d’un bar et d’une cour intérieure — apporte une touche de théâtre inattendue.

Pour les designers et les propriétaires qui se lancent dans des rénovations similaires, la première leçon se lit ici: repérer les lignes naturelles de faille entre l’ancien et le nouveau. Plutôt que d’essayer de les estomper jusqu’à l’homogénéité, ce projet célèbre leur contraste. Les pièces formelles d’époque restent composées et dignes; l’extension devient expressive et fluide.

« L’interaction entre l’ancien et le nouveau est devenue la base de l’orientation intérieure », remarque Lim. Il s’agit d’une modernisation non pas d’effacement, mais de dialogue.

La demeure, accueillant une famille de cinq personnes, dont trois jeunes adultes, présentait un cahier des charges en couches. La maison devait fonctionner comme une résidence au quotidien, suffisamment élégante pour recevoir des adultes tout en restant suffisamment décontractée pour évoluer lorsque les enfants reviennent avec partenaires et amis.

Plus important encore, les clients n’étaient pas intéressés par un intérieur neutre et sécurisant. Ils étaient créatifs, audacieux dans l’utilisation de la couleur et ouverts à vivre avec des œuvres d’art fortes et un mobilier sculptural. Cette ouverture a transformé le projet d’une simple rénovation en une curation.

Voici la deuxième leçon: la modernisation réussit lorsque elle reflète les personnalités des habitants au-delà des tendances contemporaines. Une coquille historique peut abriter une toute nouvelle narration, à condition que l’architecture soit respectée.


Plutôt que d’appliquer une palette unique à travers tout l’espace, Lim a chorégraphié la couleur comme une progression. Dans les pièces fédération d’origine, un gris chaud et élégant forme un fond discrètement luxueux, respectueux des proportions héritées et de l’usage formel de la demeure. Il permet au plâtrage et au vitrail de rester lisibles tout en posant une base calme pour l’art.


Entre dans l’aile contemporaine et l’ambiance bascule. Des bleus océaniques prennent place dans des boiseries laquées, approfondis par des meubles en velours et ponctués de touches de rose, de bordeaux et de bronze. La couleur agit comme bien plus qu’un simple ornement décoratif liant les œuvres, la matière et l’humeur à travers l’espace. La retenue équilibre les pièces marquées par un ornement lourd. Des zones nouvelles et contemporaines célèbrent la saturation. Et les choix audacieux s’ancrent dans les matériaux et l’art plutôt que dans l’esthétique et les tendances.

Chaque pièce, affirme Lim, a sa propre personnalité. Ensemble, elles forment un récit cohérent plutôt qu’un ensemble assorti.


Des œuvres ont été puisées à travers l’Australie et l’international, incluant une grande commande textile du studio mexicain Caralarga. Un éclairage sur mesure, des totems en céramique fabriqués à la main et un mobilier sur mesure de fabricants locaux renforcent un esprit de collaboration.


L’un des moments les plus spectaculaires du projet se situe sous le niveau: une sculpture en bronze de cent kilos, hissée dans la cour intérieure du sous-sol, sert aujourd’hui de point focal dans le jardin intérieur éclairé par la lumière. C’est un exemple littéral d’engagement envers une vision créative — dans ce cas, la modernisation a nécessité une chorégraphie structurelle.


Mais la splendeur du style fédérationnel peut facilement virer à la rigidité. L’antidote ici est la texture. Dolomite et marbre rose apportent une solidité lumineuse. Des accents en bronze et en laiton apportent du poids et une patine. Du bois clair et des boiseries laquées adoucissent les transitions. Velours, lin, cuir, tissus quiltés et tapis tissés à la main apportent tactilité et âme. Ces choix modèrent l’échelle. Des plafonds hauts exigent des pièces avec une présence notable, comme des œuvres d’art de grande envergure, un mobilier sculptural et un éclairage sur mesure. L’architecture le permet, oui, elle l’encourage même.

Les maisons patrimoniales intimident souvent les propriétaires en les poussant à préserver sans participer. Ici, l’histoire sert d’échelle et de cadre; l’art contemporain et la couleur insufflent de la vitalité. S’il existe une idée directrice derrière le projet — justement baptisé Kaleidoscope — c’est que la demeure contemporaine fonctionne comme une galerie vivante et sélectionnée lorsqu’elle est conçue avec soin. Et rien n’est traité comme intouchable. Il s’agit d’une maison à plein temps, conçue pour être habitée et vécue — mobilier sculptural compris.


Au final, cette maison fédérationnelle de 1912 ne paraît pas figée dans le temps. Ni elle ne semble dépouillée de son passé. Au contraire, elle demeure la preuve que l’architecture patrimoniale peut accueillir une énergie contemporaine — pourvu que l’intervention soit réfléchie, personnelle et qu’elle n’ait pas peur de la couleur.



Pour en savoir plus sur les collaborateurs derrière le projet, visitez sweedesign.com.au et ongcontracting.com.au.