Peu de sites côtiers dans le nord de l’Europe portent le poids des fondations de SAR – quatre bunkers militaires soviétiques recouverts d’herbe et les vestiges d’une occupation qui ont remodelé à la fois le paysage baltique et ses habitants. Plutôt que d’effacer cette mémoire, la fondatrice et architecte principale de OAD, Zane Tetere-Sulce, basée à Riga, l’intègre à une prémisse opérationnelle. La question centrale du projet n’est pas simplement comment bâtir sur la côte lettone, où l’érosion des dunes, les biotopes protégés et la montée des eaux baltiques rendent la construction de plus en plus délicate, mais comment construire sur un site chargé – un endroit où l’architecture, au fil du temps et de la végétation, est devenue presque indiscernable du paysage.
Découverts comme un amas de vestiges militaires marqués par le temps, les quatre bunkers du site sont réinventés en un complexe destiné à une famille multigénérationnelle – une résidence principale et deux maisons d’amis – déplaçant leur logique défensive initiale vers une lecture domestique contemporaine de l’abri.

Les deux maisons d’amis, leurs toits recouverts d’herbe vivante, s’enfoncent dans l’habitat de dunes qu’elles occupent, prolongeant la logique écologique du site plutôt que de l’interrompre. Leurs formes s’inspirent légèrement des bunkers d’origine, élargissant les habitats pour la faune locale tout en conservant un profil bas, presque récessif, face aux sables mouvants. La résidence principale adopte une posture opposée – reliant deux fondations de bunkers et entrant par le bas, elle élève son étage de vie principal au-dessus de l’horizon marin. La vie commence au deuxième niveau, où les espaces communs planent juste au-dessus du paysage, créant une tension délibérée entre lévitation et ancrage.


OAD poursuit en expliquant : « Plutôt que de se concentrer sur l’aspect conflit d’un site militaire, l’attention est redirigée vers la fonction centrale du bunker – protéger ses habitants de l’environnement extérieur hostile. Notre intention était d’explorer les thèmes de la sécurité et de la sûreté dans un contexte différent plutôt que d’essayer de réécrire l’histoire. » Conçu comme un « havre sûr » pour trois générations, le projet répond directement aux conditions côtières sévères de la région, où les vents du nord sont assez forts pour plier des pins centenaires.

Dans les maisons d’hôtes, des fenêtres fortement encastrées créent une atmosphère de bunker, renforçant ce langage de protection. Ce même vocabulaire se retrouve dans la maison principale, où les appuis structurels du rez-de-chaussée offrent une référence brute à l’architecture militaire soviétique, ancrant le volume élevé au-dessus.

Le toit de la maison principale est l’élément techniquement le plus révélateur du projet. Son profil prononcé à double versant suit des réglementations locales strictes propres à ce tronçon de littoral, mais OAD amplifie la forme grâce au bardage en fibre-ciment – une réinterprétation contemporaine qui évoque subtilement la matérialité de l’époque soviétique. Face au défi de suspendre une masse aussi lourde au-dessus d’une façade entièrement vitrée, le studio a développé un cadre métallique sur mesure, laissé volontairement apparent en tant que structure et expression.

L’excédent sur la façade sud est soigneusement calibré, avec des soffits inclinés qui protègent les intérieurs du soleil estival tout en captant la lumière basse qui définit les après-midis baltiques. Le résultat est un toit qui agit à la fois comme médiateur environnemental et ancrage psychologique – son poids contrebalance la transparence en dessous.

Dans les mots de Tetere-Sulce, « les réglementations architecturales locales imposaient un toit à double pente – nous avons choisi d’embrasser cette contrainte. En amplifiant les proportions du toit, nous cherchions à évoquer une lourdeur enracinée afin d’approfondir psychologiquement le sentiment de sécurité. Cette structure lourde agit aussi comme un contrepoids par rapport au bâtiment plutôt léger. En élevant la structure de verre au-dessus du sol, nous avons créé une tension où le poids protecteur du haut équilibre l’ouverture en dessous. »

À l’intérieur, le langage architectural se montre retenu, presque ascétique. Des sols en béton, des surfaces en bois et des finitions tactiles remplacent la couleur par la texture, en alignement avec l’approche générale d’OAD consistant à laisser la matérialité porter l’atmosphère. Un plafond voûté revêtu de bois accentue davantage le volume dans l’espace de vie principal, tandis que l’immense façade vitrée dissout toute frontière nette entre intérieur et extérieur.

La planification suit les rythmes de la journée: la lumière du matin inonde la terrasse principale et les espaces communs, tandis que les ouvertures de la chambre principale sont orientées vers l’ouest pour capter les longs couchers de soleil baltiques. À travers l’ensemble, l’architecture résiste à une domestication excessive, laissant les pins centenaires, le paysage protégé des dunes et la mer qui approche comme les forces dominantes.

SAR se lit finalement moins comme une imposition sur le terrain que comme une réponse calibrée à celui-ci – un projet qui, selon les mots de Tetere-Sulce, « ne conquiert pas le territoire mais y vit légèrement », reconfigurant un site autrefois défini par la défense en un lieu façonné par une résilience tranquille.

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Photographie par Alvis Rozenbergs.