Un appartement à Almaty mêlant sauge, lumière du soleil et sérendipité

juin 12, 2026

Certaines maisons débutent par une visite sur le terrain, d’autres par une pensée qui passe. Mais ce projet relève uniquement de la sérendipité. Des mois avant que Fariz Mamedov du FM Interiors Design Bureau ne soit officiellement sollicité pour concevoir cet appartement de 150 mètres carrés au centre d’Almaty, au Kazakhstan, il passait souvent devant le complexe résidentiel encore en construction— songeant qu’un jour il travaillerait sur ses intérieurs. Peu après, des clients se manifestèrent avec un appartement dans le même immeuble.

Qu’on l’appelle coincidence, intuition ou quelque chose qui ressemble à une bonne fortune, cette histoire a donné le ton d’une demeure façonnée autant par le ressenti que par le plan.

L’appartement appartient à une famille de cinq personnes : un foyer chaleureux et créatif dont les centres d’intérêt gravitent autour de la musique, du théâtre, de l’art, des voyages et les uns des autres. Mamedov les décrit non seulement comme des personnes dont l’énergie l’a immédiatement touché. Leurs conversations étaient ouvertes, leur connexion instantanée, et leurs sensibilités étrangement alignées avec les siennes. Cette fluidité émotionnelle est devenue le moteur discret du projet.

Mamedov parle de couleur presque comme d’une musique. Lorsqu’il regarde les gens, dit-il, il les associe instinctivement à des teintes. Des images se forment ; les couleurs commencent à jouer et à résonner. Pour ce couple, la note qui s’est dégagée était une teinte sauge complexe, ou olive clair : calme, élégante, mesurée, mais loin d’être simple. Elle est devenue la fondation émotionnelle de l’appartement, qui traverse la demeure comme une mélodie récurrente.

Autour de cette tonalité centrale, Mamedov empile une partition plus expressive : le rouge apparaît comme audacieux et énergique ; le bleu apporte profondeur et calme ; et un jaune lumineux suscite joie, jeu et invention dans les espaces destinés aux enfants. Dans la chambre principale, les pastel croisent le bordeaux dans une disposition plus discrète de tendresse, d’unité et d’intimité. La couleur peut voyager au-delà des surfaces attendues, apparaissant non seulement sur les murs, les portes, les plinthes et le papier peint, mais aussi sur les plafonds. Le résultat est mesuré sans être timide, coloré sans devenir théâtral.

La palette aide également l’appartement à surmonter l’un de ses enjeux architecturaux centraux. Étant donné qu’Almaty se situe dans une région sismiquement active, le bâtiment présente un important réseau de colonnes et de poutres, que Mamedov a exploité comme un rythme déterminant. Des colonnes miroir dans le séjour divisent visuellement l’espace ouvert en îlots conceptuels, tandis qu’une corniche de plafond de couleur d’accent encadre les poutres et unit l’appartement en un tout cohérent. Ce qui aurait pu interrompre la vie à la maison devient au contraire une partie de son tempo.

La disposition suit une logique tout aussi mesurée. À l’origine ouverte, avec des colonnes structurelles et un couloir d’entrée étroit, l’appartement a été réorganisé en zones publiques et privées. Les espaces cuisine, salon et salle à manger constituent une vaste scène familiale pour cuisiner, lire, recevoir, regarder des films ou écouter de la musique. Derrière des portes vitrées doubles, les chambres se retirent dans un domaine plus intime, derrière un seuil symbolique.

Paris a été une référence importante, sans être prise au pied de la lettre ni trop stylisée. La ville offrait un état d’esprit : lumière douce, raffinement, intelligence, rythme et la facilité avec laquelle le nouveau et l’ancien peuvent coexister. À cette sensibilité parisienne, Mamedov ajouta la chaleur italienne : soleil, sensualité, douceur et un peu plus de volume émotionnel. Pourtant, l’appartement ne s’éloigne jamais de son esprit kazakh.

Parquet en chevrons français, textiles naturels, carreaux en céramique, rotin, raffia, laine, coton, soie, bois et métal composent une demeure qui paraît enveloppée et habitée. Le mobilier et les objets ont été réunis de multiples lieux, mais la composition évite l’encombrement d’un éclectisme trop chargé. Chaque pièce semble arrivée par la conversation, le voyage, la mémoire ou l’instinct.

Un tapis sur mesure, confectionné en Inde d’après les croquis de Mamedov, se tient aux côtés de pièces de Saba Italia, Gubi, Louis Poulsen, Thonet, Fritz Hansen, &Tradition, Potocco, HAY et bien d’autres, tandis que l’artisanat local ancre l’appartement à travers des éléments sur mesure tels que des rangements, banquettes, vanités et autres éléments uniques selon mesure.

Cet appartement ne se donne pas comme une image achevée mais comme un état en cours; sa beauté réside dans la manière dont les nombreux éléments créent un espace propice à ce que la vie continue de se déployer. Il laisse place à de nouvelles œuvres d’art, de nouvelles routines, de nouvelles conversations et de nouveaux souvenirs.

Pour voir ce travail et d’autres œuvres de Fariz Mamedov, visitez tktktk.

Élise Laurent

Je suis journaliste spécialisée dans la décoration et le design intérieur, avec un intérêt particulier pour les tendances qui transforment nos espaces de vie. À travers mes articles, j’explore les projets d’architecture intérieure, les créateurs et les idées qui façonnent l’habitat contemporain. Sur Intérieurs.fr, je m’attache à décrypter les évolutions du design et à partager des inspirations venues de France et d’ailleurs.